Jeudi noir : un mouvement pour rien ?
Écrit par Henry Moreigne Jeudi, 29 Janvier 2009 00:47
Invité de France Inter, lundi 27 janvier, Eric Woerth a estimé que les grèves et la manifestation étaient un mode d’expression inapproprié en période de crise.
Eric Woerth est dans la droite ligne de François Fillon. Selon le Premier ministre, la journée de protestation ne servira à rien. Le gouvernement a conscience des inquiétudes des français mais n’entend pas modifier d’un iota sa politique. « On ne change rien » a déclaré en substance le Chef de gouvernement au JT de France 2 mardi soir estimant que le « rôle d’un gouvernement » n’était « pas de faire des gestes » mais « de tenir le cap de la réforme ». Dans la matinée, le ministre du Budget, invité de Nicolas Demorand, avait oscillé entre ringardisation du mouvement et culpabilisation des futurs participants, suspectés de nuire par leur comportement aux intérêts du pays. A quoi servira en effet cette journée si tout continue comme avant ?
Le problème vient peut être de la surdité sélective de l’Elysée qui revendique sa capacité à entendre mais pas à écouter. En déplacement dans une usine proche de Châteauroux mardi, Nicolas Sarkozy a déclaré comprendre « l’inquiétude » des Français face à la crise, mais a assuré ne pas pouvoir « arrêter les réformes ». « Je comprends vos difficultés, je comprends les questions de pouvoir d’achat, les cotisations pour les retraites, l’école des gosses (…) mais je dois voir ça avec sang froid, avec calme, réfléchir, ne pas décider en fonction de qui est écrit dans le journal ou de ce que dit celui qui crie le plus fort. Dans une démocratie, c’est normal que les gens protestent, c’est normal qu’il y ait des débats (…) mais moi j’ai été élu pour conduire un pays de 65 millions d’habitants et je veux qu’on sorte de la crise plus forts qu’on n’y est entrés. »
Faute de véritables débats au parlement ou de réel dialogue avec les organisations syndicale, la rue est appelée à dire son mot pour un utopique round social. A son tour, le président Sarkozy voit se distendre le lien avec le pays qui faisait sa force hier et donne le sentiment de se replier dans un palais de l’Elysée mué en fortin. La présidence évite les risques d’accrochage. Plus de déplacements dans les grandes agglomérations. Ont leur préfère désormais les villes moyennes réputées plus tranquilles. Plus de sorties en banlieues, plus de présence dans de grands rassemblements non maîtrisés comme au Guilvinec ou au salon de l’Agriculture.
La brioche de Marie-Antoinette
La réponse patronale ne s’est pas faite attendre, inutilement provocante, dans la bouche de Laurence Parisot. « Je trouve que ce n’est pas une bonne nouvelle que la France continue face à des difficultés qui sont sérieuses, qui sont réelles, qui sont angoissantes, d’avoir pour seule réponse cette méthode de protestation tous azimuts, finalement une protestation assez confuse ». Surprenante patronne du Medef, toujours prompte à jouer les moralisatrices, à juger les organisations syndicales irresponsables mais, qui reste sourde au bruit de ses propres casseroles.
Après la caisse noire de l’UIMM, l’Express , révèle que comme dirigeante de l’organisation patronale, Mme Parisot aurait recours à une coach, conseillère personnelle, rémunérée 25 000 € par mois par le Medef. Une attitude digne de Marie-Antoinette, autiste aux raisons du mécontentement populaire. « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche » aurait déclaré l’épouse de Louis XVI à la fenêtre du château de Versailles, devant le peuple Parisien venu se plaindre de l’augmentation du prix du pain. On connaît la suite.
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