Biopics : Où va s'arrêter la fascination ?
Écrit par Julien Peres Mardi, 07 Juillet 2009 16:39
Avec la sortie de Public Ennemie de Michael Mann (mercredi 8 juillet) racontant la vie de John Dillinger (Johnny Depp), braqueur de banques des années 30, les exploitants vont encore devoir mettre une bobine de film type « Biopic » dans leur machine. Si peu à peu le public s’habitue à ce genre de films et en demande encore, d’où sort cette tendance soudaine qui semblait dans le passé, ne pas avoir fait ses preuves ?
il y a fort à parier que Léon Zitrone n’y échappera pas dans les années à venir…
S’il faut que le temps s’écoule pour rendre compte d’une période avec objectivité, il faut surtout que la période soit vendeuse, connue et médiatisée. L’attente fut longue et la vague ne déferle qu’aujourd’hui. Les Etats-Unis, et leur vingtaine d’années d’avance en matière de diffusion médiatique, ont pu, sous l’ère Reagan, "biopiquer" des personnages plus lointains comme Charlie Parker dans Bird de Clint Eastwood. Pourtant, rares sont encore les "biopics" avant l’an 2000. Le compte est vite fait, on en trouve autant depuis 10 ans, que durant tout le XXème siècle. D’abord, Orson Welles avec Citizen Kane en 1940, puis à partir des années 80, par petites touches : Amadeus, de Milos Forman, JFK ou Nixon d'Oliver Stone ou encore Larry Flint, de Milos Forman, sont quelques-unes des oeuvres parsemées tous les deux ou trois ans, par des producteurs ambitieux, et sans garantie de rentabilité. Dans le lot, l’affaire va inspirer un homme. Personne ne se souvenait des combats de Jack La Motta ? Ils vont être immortalisés par Martin Scorsese, en 1980. Le film est un succès, il est « le meilleur de la décennie » pour la critique américaine. Martin Scorsese, lui, pense avoir trouvé un filon… avant l’heure ! Et mafi eux si possible ! La vie de Jésus (La Dernière tentation du Christ) ne lui vaudra pas d’éloges, qu’importe : avec Les Affranchis (racontant la véritable histoire d’Henry Hill), dix ans plus tard, il rencontre à nouveau le succès public et critique. Cette fois c’est sûr, il faut absolument renouveler l’expérience et convaincre les studios.
Une nouvelle niche commerciale
Scorsese s’attaque alors à des personnages peu vendeurs, et est, à l’époque, l’un des seuls réalisateurs à qui les producteurs signent un chèque en blanc. La suite pour lui est plus connue, et surtout plus rentable, au vu de l’engouement que commence à susciter ce nouveau cinéma. Ainsi avec The Aviator en 2005, il parcourt la vie d'Howard Hughe, premier grand producteur de cinéma des années 30. Mais déjà il n’est plus seul, la même année Taylor Hackford signe le remarqué Ray, sur la vie de Ray CharlesFranck Sinatra, George Harrison, Lance Armstrong ou encore Michael Jackson sont eux aussi dans les cartons et ne devraient pas tarder à en sortir.
Entre temps aussi, au début de la décennie, Michael Mann (déjà !) a signé Ali et le surf des gros producteurs sur cette nouvelle niche commerciale peut commencer... Retour aux sources en 2010, pour Martin Scorsese, avec The Rise of Theodore Roosevelt qui retracera la fulgurante ascension au pouvoir du 26ème Président des Etats-Unis. Franck Sinatra, George Harrison, Lance Armstrong ou encore Michael Jackson sont eux aussi dans les cartons et ne devraient pas tarder à en sortir. Si évoquer un personnage ne suffit pas encore aujourd’hui à convaincre tout le monde, c’est que l’explosion n’est pas seulement due à la demande, mais joue d’un autre atout : la fascination d’une époque. Raymond Danon, en proie de financer l’une des fresques française les plus attendue de ces prochaines années, sur Romy Schneider (de la naissance de son fils David en 1966 à sa mort en 1981) ne s’y trompe pas en portant à l’image dans le film, la vie de ceux qui, dans ces années-là, gravitaient autour d’elle comme Alain
Delon. L’attrait d’un temps, c’est l’attrait d’une atmosphère, l’attirance d’un monde que l’on pense fermé, d’une jet-set passée que l’on veut découvrir. Faut-il alors uniquement être un bankable du passé ou filmé par Scorsese pour être "biopiqué" ?
Tout voir devient possible
Les scénarios manquent, « beaucoup d’historiens du cinéma considèrent qu’il y a une régression, une sorte de standardisation, de normalisation » analyse le sociologue François Ribac. Mais avec le film biographique, l’histoire est déjà là, le plus souvent quelque part dans une période où toute une société a basculé après le milieu du XXème siècle. Loin des échecs de certains films purement historiques, les récits modernes collent en ce qu’ils attirent tous les publics. Les débats de cinéphile se battant sur la sincérité de l’œuvre sont caduques, le "biopic doit à tout prix faire primer l’image renvoyé par le personnage quitte à ne pas se soucier de l’histoire réelle.Pour Diane Kurys (réalisatrice de Sagan) « Un portrait de quelqu'un est aussi un autoportrait. Ca ne veut pas dire qu'on "se prend pour", mais on apparaît dans le goût qu'on a de certains mots, de certaines idées.» C’est simple, il se créer la possibilité de s’identifier autrement que par des posters ou des affiches. Pour beaucoup, il s’agit de revivre leur enfance à travers le récit et si une multitude se déroulent durant les années 70, on le doit au petit écran, et à la prolifération de la culture populaire. Des stars et des truands au journal télévisé ? Alors, Le "biopic" se permet d’innombrables incursions dans l’adolescence de la génération baby-boom. Du gang des postiches (Le Dernier Gang), à la vie de Bob Spaggiari en passant par le casse du siècle (Sans armes, ni haine ni violence) ou la vie de Jacques Mesrine (Mesrine : L’Instinct de mort & L’Ennemi public n°1). De ceux qui viennent rechercher de grands moments enrichissants (L’Abolition, où une partie de la vie de Robert Badinter est brossée) aux autres moins exigeants qui viendront découvrir avec plus de légèreté certaines facettes de James Brown (dans le film, encore en projet, de Spike Lee), le genre navigue et trouvera un certain temps encore des figures légendaires ou vendeuses. Le cinéma se doit de faire rêver n’importe qui et le "biopic" lui rend la tâche facile. Ne plus penser que la réalité devient cafardeuse semble devenir le leitmotiv du spectateur... Finalement, le biopic ne doit-il pas son succès à un adage que ne renierait pas Francis Cabrel : c'était mieux avant ?

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- Le biopic pur et dur, qui s'affiche comme tel (La môme, Ali, Notorious B.I.G, Ray...)
- Le biopic plus subtil, qui n'en est finalement pas vraiment un
Pour moi, Public Enemies rentre dans la deuxième catégorie. Certes c'est une histoire vraie, biographique, mais elle rentre véritablement dans l'oeuvre de Michael Mann. Je l'ai vu comme un prolongement de Heat, où la chasse à l'homme Pacino/De Niro est remplacé par celle entre Bale et Depp. Certains thèmes sont d'ailleurs identiques, comme le choix entre la vie de truands et la fille que le braqueur aime.
"Pour Diane Kurys (réalisatrice de Sagan) « Un portrait de quelqu'un est aussi un autoportrait. Ca ne veut pas dire qu'on "se prend pour", mais on apparaît dans le goût qu'on a de certains mots, de certaines idées.»"
Je suis tout à fait d'accord avec ce point de vue, qui me fait à chaud penser à "Marie-Antoinette", de Sofia Coppola, qu'elle revendiquera elle-même comme une autobiographie sur certains points.
Finalement, qu'est ce qui fait un bon biopic ? Difficile à dire, mais l'authenticité de certains films, et la présence de l'acteur clé, aide quand même beaucoup (sans Cotillard, la Môme n'est rien, tout comme Jamie Foxx et Will Smith transcende Ray et ALi). Mais ça ne suffit pas toujours (je pense à Che et Coluche)...