La branchitude pour les nuls
Écrit par Olivier Desbrières Mardi, 26 Mai 2009 19:54
Après la bravitude de Ségolène, place à la branchitude. Qui gravit la grande muraille de la mode, conquiert la branchitude. Quelle est cette muraille ? Comment la franchir ?
Le branché prend soin de son apparence. Il n’a pas un cheveu de travers, ou alors c’est parfaitement contrôlé. Il mettra des heures pour obtenir une coupe « saut du lit » alors que vous, vous croirez qu’il ne s’est même pas coiffé. Au croisement du métrosexuel et de l’übersexuel, l’homme branché prend soin de lui, de son corps. Il se maquille de temps à autre mais rien de trop voyant : juste de l’anticerne et de la poudre bronzante. Il arrive toujours néanmoins à rester, naturellement, un vrai mâle.
Autre point primordial : ce n’est pas parce que vous êtes branché que vous avez le droit de vous la péter ! Bien au contraire, un branché n’a pas besoin de se la péter ; on l’admire naturellement. Rien de plus agaçant qu’un pète-sec vantard au style « tape à l’œil. » Petit rappel de circonstance : trop de diamant tue le diamant ! Vous n’êtes pas une bijouterie place Vendôme, pas besoin d’afficher vos cailloux. Il n’y a rien de plus vulgaire, surtout en temps de crise. Ce conseil également valable pour les strass et tout ce qui brille. Être branché, c’est savoir être beau et élégant « simplement. »
La branchitude, c’est aussi un style de vie :
La nourriture de branché est rare et exotique. Et oui, il ne se nourrit pas de pizza mais de bruschetta, il ne boit pas de coca mais du jus de papaye, de kaki ou de cranberry. Être branché, c’est aussi parler branché : on ne dit pas « jaune tout court » mais « poussin » ou « citron. » On ne dit pas vert fluo ou blanc mais vert acidulé et crème. C’est tout un art ! On n’appelle pas les choses par leur vrai nom, c’est tellement commun… Il en va de même avec les gens que l’on côtoie : il ne faut jamais les appeler par leur prénom. Pas de surnom relou comme Dédé, Gégé, poupée, qui sont des termes réservés aux beaufs de Province. En quelques sortes, tout les branchés s’appelle « chéri(e), » « darling, » « sweety, » ou « honey. » Il faut absolument donner l’illusion que l’on connaît tout le monde et que tout le monde nous connaît. Et oui, quand on est branché, c’est normal de connaître toute la planète branchée.
Les rituels du branché :
Le branché ne lit pas Voici ou Paris Match sur la plage. En effet, il préfère Sartre, Nietzsche, Kundera ou Irving. C’est du moins ce qu’il veut laisser paraître derrière ses Ray Ban et le nuage de fumée qu’il dégage. Le branché affectionne également particulièrement les livres de la rentrée littéraire, parfois plus légers que les auteurs précédemment cités.
On pourrait même dire que le branché est mélomane en raison de sa quête sans frontière de musique électro. Une fois par an, il va au festival de musique électronique de Miami et peut se targuer de compter parmi les guest VIP des plus grandes boites branchées de l’hémisphère nord. Chaque printemps, il part en week end à Amsterdam, officiellement pour approfondir sa connaissance de la peinture hollandaise, officieusement pour pouvoir fumer légalement. Car en plus de sa cirrhose chronique, le branché aime entretenir son cancer du poumon.
A cause du raz-de-marée bobo qui nous submerge aussi vite que la misère sur le Tiers-Monde, les branchés font parti d’une espèce en voie de disparition. En somme, être branché, c’est vivre branché, sortir branché, s’habiller branché, manger branché, boire branché, se cultiver branché, écouter branché et lire branché. A moins de vendre l’un de vos reins, d’avoir un père ou un mari PDG d’une boite du CAC 40, d’avoir investi dans Microsoft il y a 20ans, ou d’être rentier, la branchitude vous sera malheureusement très difficile d’accès. Et oui, ça coute cher d’être branché ! Ca prend surtout beaucoup de temps. N’est-il pas plus simple d’essayer d’être soi-même avec sa dose d’originalité et de personnalité plutôt que de tout faire pour ressembler à quelqu’un que nous ne sommes pas pour pouvoir juste dire que nous appartenons au fermé et doux club des branchés ?

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