Vendredi Juil 30

La branchitude pour les nuls

Après la bravitude de Ségolène, place à la branchitude. Qui gravit la grande muraille de la mode, conquiert la branchitude. Quelle est cette muraille ? Comment la franchir ?
 
La branchitude, c’est tout d’abord un état d’esprit :

Sortez vos lames de samouraïs et combattez jusqu’à la mort pour sauver l’honneur de Karl et John au nom de la sacrosainte élégance et de la mode ! Sans en arriver à se transformer en stéréotype de la fashionista parisienne, être branché c’est surtout être bien dans ses baskets, être fier de soi et de son style. Faut-il encore avoir un style me direz vous… Le total look est à prohiber quoi qu’il en soit. Un franco-écossais fier de ses origines ne doit en aucun cas arborer son fameux kilt traditionnel et aller faire ses courses avec sa cornemuse. Une petite touche décalée par ci par là fera l’affaire. Pas besoin de tomber dans le cliché ou d’en faire trop ! L’élégance réside dans la mesure. Être élégant, c’est comme faire un bon gâteau : un peu trop de beurre ou de sucre et c’est foutu ! Le (la) branché(e) aime les marques de luxe mais préfère se fringuer chez les petits créateurs encore inconnu du grand public. Il est « fond of fashion » et a du gout. Le petit créateur est au branché ce que le bling bling est au beauf. Pas de brillant, de scintillant, de monogramme, et de logo trop voyeur, juste de la simplicité, de l’élégance et de la classe.

Le branché prend soin de son apparence. Il n’a pas un cheveu de travers, ou alors c’est parfaitement contrôlé.  Il mettra des heures pour obtenir une coupe « saut du lit » alors que vous, vous croirez qu’il ne s’est même pas coiffé. Au croisement du métrosexuel et de l’übersexuel, l’homme branché prend soin de lui, de son corps. Il se maquille de temps à autre mais rien de trop voyant : juste de l’anticerne et de la poudre bronzante. Il arrive toujours néanmoins à rester, naturellement, un vrai mâle.

Autre point primordial : ce n’est pas parce que vous êtes branché que vous avez le droit de vous la péter ! Bien au contraire, un branché n’a pas besoin de se la péter ; on l’admire naturellement. Rien de plus agaçant qu’un pète-sec vantard au style « tape à l’œil. » Petit rappel de circonstance : trop de diamant tue le diamant ! Vous n’êtes pas une bijouterie place Vendôme, pas besoin d’afficher vos cailloux. Il n’y a rien de plus vulgaire, surtout en temps de crise. Ce conseil également valable pour les strass et tout ce qui brille. Être branché, c’est savoir être beau et élégant « simplement. »

La branchitude, c’est aussi un style de vie :
 
Le branché est un animal social, il sort dans les boites, les bars et les resto branchés. Attention : branché ne veut pas forcément dire cher ! La Tour d’Argent est excessivement chère et pourtant pas forcément branchée. Même si c’est souvent le cas, tout ce qui est branché n’est pas obligatoirement cher et tout ce qui est cher n’est pas branché. Quoi qu’il en soit, le branché est un bon vivant, il aime s’amuser. Bien que résidant très souvent dans les carrés VIP de la côte basque ou méditerranéenne, le branché peut s’amuser n’importe où avec n’importe qui car il est ouvert d’esprit et cultivé. De ce point de vue là, il ressemble trait pour trait au bobo parisien qui fréquente assidument les musées, les expos, les vernissages ou tout événement qui propose un buffet « bio-équitable. » Mais attention aux confusions : même s’il apparaît comme tel, le branché n’est pas un bobo !

La nourriture de branché est rare et exotique. Et oui, il ne se nourrit pas de pizza mais de bruschetta, il ne boit pas de coca mais du jus de papaye, de kaki ou de cranberry. Être branché, c’est aussi parler branché : on ne dit pas « jaune tout court » mais « poussin » ou « citron. » On ne dit pas vert fluo ou blanc mais vert acidulé et crème. C’est tout un art ! On n’appelle pas les choses par leur vrai nom, c’est tellement commun… Il en va de même avec les gens que l’on côtoie : il ne faut jamais les appeler par leur prénom. Pas de surnom relou comme Dédé, Gégé, poupée, qui sont des termes réservés aux beaufs de Province. En quelques sortes, tout les branchés s’appelle « chéri(e), » « darling, » « sweety, » ou « honey. » Il faut absolument donner l’illusion que l’on connaît tout le monde et que tout le monde nous connaît. Et oui, quand on est branché, c’est normal de connaître toute la planète branchée.

Les rituels du branché :
 
Même s’il s’éclate de temps en temps au Nikki Beach à Saint Trop, le branché préfère largement les villes moins connues et surtout moins « m’as-tu vu. » Il préfère la côte basque à la côte d’azur, l’Ile de Ré à Deauville. Il aime s’éclater en boite à Capri, à Dubrovnik, à Mykonos, ou à Ibiza et fait son pèlerinage rituel à Saint Bart à chaque mois de février. Il loue généralement, avec toute sa meute une villa sur les hauteurs d’une ville branchée pour faire ses propres soirées au bord de sa propre piscine. Il parle à ses voisins et les invite à des barbecues où finalement, on boit plus que l’on ne mange. La particularité d’un branché est d’avoir un foie qui paraît avoir le triple de son âge car il consomme sans modération et sans limites des litres de mojito, de cosmo, de sex on the beach ou d’autres cocktails à dénomination non francophone et bien souvent imprononçable.

Le branché ne lit pas Voici ou Paris Match sur la plage. En effet, il préfère Sartre, Nietzsche, Kundera ou Irving. C’est du moins ce qu’il veut laisser paraître derrière ses Ray Ban et le nuage de fumée qu’il dégage. Le branché affectionne également particulièrement les livres de la rentrée littéraire, parfois plus légers que les auteurs précédemment cités.

On pourrait même dire que le branché est mélomane en raison de sa quête sans frontière de musique électro. Une fois par an, il va au festival de musique électronique de Miami et peut se targuer de compter parmi les guest VIP des plus grandes boites branchées de l’hémisphère nord. Chaque printemps, il part en week end à Amsterdam, officiellement pour approfondir sa connaissance de la peinture hollandaise, officieusement pour pouvoir fumer légalement. Car en plus de sa cirrhose chronique, le branché aime entretenir son cancer du poumon.

A cause du raz-de-marée bobo qui nous submerge aussi vite que la misère sur le Tiers-Monde, les branchés font parti d’une espèce en voie de disparition. En somme, être branché, c’est vivre branché, sortir branché, s’habiller branché, manger branché, boire branché, se cultiver branché, écouter branché et lire branché. A moins de vendre l’un de vos reins, d’avoir un père ou un mari PDG d’une boite du CAC 40, d’avoir investi dans Microsoft il y a 20ans, ou d’être rentier, la branchitude vous sera malheureusement très difficile d’accès. Et oui, ça coute cher d’être branché ! Ca prend surtout beaucoup de temps. N’est-il pas plus simple d’essayer d’être soi-même avec sa dose d’originalité et de personnalité plutôt que de tout faire pour ressembler à quelqu’un que nous ne sommes pas pour pouvoir juste dire que nous appartenons au fermé et doux club des branchés ?
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