Vendredi Juil 30

Madeleine Vionnet, puriste de la mode

Le musée des Arts Décoratifs propose la première rétrospective parisienne consacrée à Madeleine Vionnet . En quelques 130 robes exposées chronologiquement selon une élégante scénographie d’Andrée Putman, Pamela Golbin, commissaire le l’exposition, nous emmène à la découverte d’une grande dame de la mode.
Robe du soir, crêpe et cuir doré, Collection Hiver 1936, Photo Patrick Gries
L

Le sillon de vie atypique de celle qui deviendra une figure majeure de la Couture

Né dans un milieu modeste en 1876, Madeleine est placée à 12 ans en apprentissage de couture. Mariée à 18 ans, elle divorce deux ans plus tard et s’embarque pour l’Angleterre, laissant derrière elle un bébé qui mourra en son absence. Embauchée dans une maison de couture londonienne en 1896, elle apprend à décrypter les besoins d’une clientèle anglo- saxonne riche et cultivée. De retour à Paris, la voilà Première d’Atelier chez Caillot Sœurs. Cinq ans plus tard, l’envie de créer ses propres modèles la taraude. L’occasion lui en est offerte par la fameuse Maison Doucet. Sa mission ? Rajeunir l’esprit des créations. Vionnet fait défiler les mannequins pieds nus dans des robes fluides, qui plus est portées sans corset. C’en est trop pour la vénérable maison. Madeleine Vionnet reprend sa liberté. Elle a 36 ans et ouvre alors sa propre Maison de Couture. Peu avant sa mort en 1975, âgée de 98 ans, elle déclare : « Je suis contente de ce que j’ai fait, je me suis complètement réalisée. »

Une redoutable chef d’entreprise à la fibre sociale visionnaire

Face au phénoménal succès rencontré auprès d’une clientèle tant parisienne qu’internationale, Vionnet s’installe avenue Montaigne en 1923. On découvre à travers un formidable diaporama de photos d’époque la luxueuse Maison de Couture derrière laquelle se dresse un bâtiment industriel ultra moderne. Les 1200 ouvrières y travaillent dans un espace lumineux dont l’air est filtré. Elles bénéficient d’un cabinet médical et dentaire gratuit sur leur lieu de travail, d’une cantine, ainsi que d’une crèche.

Une pionnière de la lutte contre la copie au sein de l’industrie de la mode

« Copier, c’est voler » martèlera-t-elle toute se vie. Etonnant document, un film en noir et blanc montre Madeleine Vionnet apposant son empreinte digitale sur des étiquettes signées de sa main. Farouchement attachée à la protection de toute création originale, elle dépose chacun de ses modèles auprès des Prud’hommes de Paris et constitue ses propres archives photographiques.

La première créatrice conceptuelle

Proportion, Mouvement, Equilibre, Vérité, voici les quatre pierres angulaires sur lesquelles s’appuie Vionnet. Intellectuellement proche du Purisme, courant des arts plastiques initié par Le Corbusier, elle supprime toute anecdote lorsqu’elle construit la robe, tout d’abord à partir du rectangle et du carré, puis à partir du cercle dès 1929. Roses ou franges ne sont jamais juste ajoutées pour un effet visuellement décoratif mais s’intègrent à la structure de la robe.

De croquis, point. Vionnet « pense » la robe. Puis elle expérimente en 3D sur un mannequin de 80 cm. Une curieuse poupée de bois, qui accueille le visiteur à l’entrée de l’expo, souligne d’emblée l’importance vitale de ce support dans le processus d’élaboration de la robe chez Vionnet. Technicienne hors pair, elle coupe, drape, plisse avec une dextérité et une précision aiguisée jusqu’à ce qu’apparaisse sous ses doigts la robe née dans son esprit.

Biais et drapé antique

Coup de génie : elle fera sortir la coupe en biais de l’ombre des doublures des corsages. Ce qui lui permet d’aller à l’essentiel : corsets, baleines, agrafes et autres boutons disparaissent comme par magie. Seuls restent l’équilibre des lignes et le tissu en mouvement. Fascinée par le drapé antique, elle le réinvente : la robe s’enroule et se pose sur le corps, libéré et magnifié. Toute une série de décolletés asymétriques drapés, froncés, torsadés, d’une modernité et d’une actualité à couper le souffle, s’offrent à nous dans les écrins de miroirs et de laque noire conçus par André Putman. Sublime. Georgette, crêpe de Chine, mousseline, autant de tissus souples qui mettent en valeur les formes du corps féminin. Une sensualité jamais tapageuse, un classicisme inscrit dans la modernité. Le génie de celle que le monde de la mode surnomme « Le couturier des couturiers »n’aura de cesse de se réincarner chez des créateurs tels Sophia Kokosalaki, Azzedine Alaïa, John Galliano, Yohji Yamamoto. Et l’on ne peut que se dire que ce n’est pas terminé.

« Ce que j’ai fait, ce n’était pas de la mode, c’était fait pour durer toute la vie »*

Vionnet détestait la mode en tant que tendance. Elle croyait en la beauté intrinsèque et donc intemporelle d’une robe née sous ses mains. Seule importait la rencontre particulière entre une robe et une esthétique individuelle. Les années passées lui ont donné raison. D’une part, car l’on revient à cette idée du vêtement, pièce unique, création artistique trouvant sa réalisation dans un magnifique travail d’artisan et d’autre part, car l’on se prend, en déambulant entre ces robes sublimes, à en désirer certaines intensément. Et voilà une robe de crêpe marocain noir dont la ceinture tient sur les hanches, manches légèrement pagode et décolleté marin. 2009 ? Non, une robe de jour de 1927. Chapeau bas, Madame Vionnet.

 

Carnet Pratique :

« Madeleine Vionnet, puriste de la mode » jusqu’au 31 janvier 2010

Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris

Métro : Palais Royal, Pyramides, Tuileries

Du mardi au vendredi de 11h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h

 

Autour de l’expo :

Catalogue de l’exposition : « Madeleine Vionnet, puriste de la mode », 304 pages, 55 euros.

Dans le cadre de Paris&Création, les Galeries Lafayette consacrent une vitrine à l’expo Vionnet. A savourer lors d’une virée shopping du 7 au 26 juillet.

Les Ateliers mode autour du travail de Vionnet, parfaits pour les kids et les ados.

Renseignements : 01 44 55 57 50

*Interview imaginaire de Madeleine Vionnet par Pamela Golbin

 

 

Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire

Vous devez être enregistré pour écrire un commentaire.

busy
INTALK

Soirée INTALK ce soir au CURIO PARLOR ! De 21h30 à 2h ! http://is.gd/d8Uon

by INTALK Mardi, 29 Juin 2010 17:26

Buzz

Charlotte Gainsbourg & Beck : le clip de Heaven Can Wait !

Vidéo Enfin ! Le premier clip du très attendu nouvel album de Charlotte Gainsbourg (IRM, sortie le 7 décembre) vient d'être dévoilé. Un duo avec Beck, également présent en tant que producteur : Heaven Can Wait.

Lire la suite

Mademoiselle Agnès vous habille pour l'été 2010

Bande-Annonce Nous l'avions croisée à certains défilés lors de la dernière Fashion Week parisienne, toute de Balmain vêtue... Cette fois, c'est sur Canal Plus que l'on retrouve Mademoiselle Agnès pour son semestriel Habillées pour... l'été 2010. Toutes les tendances de l'été prochain et le récit d'une folle semaine de...

Lire la suite

Capitalism : A Love Story, le nouveau Michaël Moore

Bande-annonce Michaël Moore a encore frappé ! Dans un film en salles le 25 novembre, le réalisateur de Bowling for Colombine dénonce la crise financière comme "la plus grande escroquerie de l'histoire américaine".

Lire la suite

More in: Vidéos, Images, Web

100%
-
+
3
Show options

Twitter

  • INTALK

    Soirée INTALK ce soir au CURIO PARLOR ! De 21h30 à 2h ! http://is.gd/d8Uon

  • INTALK

    RT @julienperes: je jouais de 8h à 13h dans un after gay hyper exigeant sur marseille : Le trash.

  • INTALK

    revient bientôt, et c'est pas trop tôt !

  • INTALK

    RT @bobodemerde: L'event Facebook pour la soirée #bobodemerde du 6 avril au Curio Parlor est ici ! http://tinyurl.com/ye6mrxy

  • INTALK

    Ils st beaux les ptits jeunes de @sports_intalk ! :D RT @DreyFeuillie: retrouvez l'équipe de Sports Intalk: http://tinyurl.com/yj9ofu5

Publicité